Mais je ne peux pas, je suis bouddhiste.
14 Mars 2013
Qu’ils sont heureux ces provinciaux ! C’est vrai, le métro c’est pratique, c’est rapide, mais c’est aussi sale, ça sent la vieille pisse et surtout, SURTOUT, il y a toujours un SDF pour venir te demander du fric à toi qui, sans emploi, ne touche même pas le chômage.
« Bonjour Mesdames et Messieurs. D’avance, pardon de vous déranger. J’ai passé la nuit dehors, il a fait froid, et ce matin j’aimerais manger chaud ou juste prendre un café. Si vous avez une petite pièce ou un ticket resto s’il vous plait messieurs-dames. Merci. »
Et tu ne peux pas l’éviter ! Il peut arriver n’importe où, n’importe quand et surtout, il finit toujours par passer juste à côté de toi ! Impossible de feinter avec tes écouteurs genre : « Oh c’est bête, je n’ai pas entendu ce pauvre garçon, je l’ai manqué… »
Oui, se faire accoster le matin par un mec qui sent mauvais, ce n’est pas agréable. Se sentir coupable de ne pas avoir de monnaie sur soi ou bien se la garder pour son pain au chocolat, ça l’est encore moins.
Alors un jour, je me suis dis que tout ça ne pouvait plus durer. Je ne pouvais plus nier ce mec, le traiter comme si nous ne faisions pas partie du même monde. Je suis bouddhiste, merde !
Alors ok, j’ai un emploi précaire et pas beaucoup de tune, mais tous les jours, je mange, je dors au chaud, je prends des bains et je porte des vêtements propres. Et même si je ne peux pas refiler 1 euros à tout bout de champs, j’étais certaine de pouvoir faire quelque chose. Un : J'ai décidé de le regarder. Et deux, j’ai réfléchi un peu et j’ai eu cette idée.
Toutes les semaines, en faisant mes courses, j’achète, en plus de mon « panier » habituel, un paquet de dix pains au chocolat, et tous les jours, j’en laisse un dans mon sac pour ceux qui auraient faim. On est d’accord, ça ne me prive de rien et en échange, je ne baisse plus les yeux de honte devant un mec qui pèse moins lourd que moi…
Que l’on soit chrétien, musulman ou juif, la charité fait partie de notre taf de croyant. Mais dans le bouddhisme, il est aussi question de neutraliser sa peur, son dégout de l’autre. Car c’est bien de ça qu’il s’agit. Je ne fais pas une bonne action parce que je me débarrasse du problème en lui donnant à manger : « Tiens, prends ça et tire toi ! » J’agis correctement à partir du moment où je le considère, et où je décide de ne plus dresser de barrières entre lui et moi.
En effet, en tant que bouddhiste, ce ne sont pas mes actions qui comptent mais l’intention derrière celles-ci.
Du coup maintenant, au lieu d’être, d’avance, gênée par sa présence, je suis pressée de le voir, je l’attends. Et quand il n’est pas là ? C’est moi qui suis triste avec mon petit pain au chocolat industriel, pas si dégueu que ça en plus, tout seul dans mon sac à main...
Crédit photo: Flickr designwallah