Mais je ne peux pas, je suis bouddhiste.
20 Juillet 2013
Hier matin, alors que je me préparais pour aller travailler, une vieille copine du collège m’appelle et m’annonce : « Je suis enceeeeeiiiiinnnnnnte ! »
Folle de joie, je chiale : « Putain, je viens de me mettre du mascara ! »
Pourtant, après l’émotion, les félicitations, on raccroche et là… La nausée. Non, pas la nausée. Des nausées. Des nausées de femme enceinte ?
Ah bah non, non, hein ? Pas possible.
Bah ouais, quand t’as pas de mec, ni aucun contact avec un membre du sexe opposé depuis DES MOIS, au point que tes hormones, qui ne trouvent aucune autre échappatoire, décident de se loger discrètement SUR TON VISAGE sous l’élégante et saillante forme de l’acné, autant dire que l’hypothèse est difficilement envisageable.
Alors, voilà. Tu te regardes dans la glace et tu laisses ton horloge biologique, celle que tu ne vois pas, mais qui est bien là, te murmurer à l’oreille : « A bientôt trente ans, ton uterus est vide. Tu es inutile. »
Et de continuer… « D’ailleurs, tes capacités reproductrices sont DEJA en train de diminuer. Il va falloir te magner le train ma p’tite, si tu ne veux pas finir vieille fille avec trois chats et ta mère pour seul contact dans ta liste d’appels manqués. »
Tu comprends d’où viennent les nausées.
Et tu fais le bilan.
Il y a encore quelques années ou même quelques mois, à 27 ans, dans ta tête, t’étais censée en être là :
« Wesh, je suis journaliste dans une grande rédaction. Tous les matins, je me lève à 2h pour aller bosser à 3h. J’ai un mec trop canon, je ne le vois pas, mais ce n’est pas grave car je suis à fond dans mon job. Ma carrière, c’est tout pour moi. Des enfants ? Je n’ai pas le temps, mais ça arrivera quand ça arrivera et je serais, alors, folle de joie ! »
Mais voilà, entre temps, t’es allée vivre dans les îles, t’as surfé, vagabondé, fait la fête les pieds dans le sable, la tête dans les étoiles, et t’es revenue comme ça :
« Wesh, rien à faire de ces crétins dont on parle à la télé. Moi la vie, je veux la bouffer, quitte à louer toute ma vie des planches de surf sur une plage à Bali. Les tailleurs, les talons hauts, c’est mort, je veux vivre en tongs et en robe à fleurs. Et si je dois écrire, ce sera pour parler de la vie et de ses plaisirs. Mon mec est canon et bronzé, et le soir, au lieu de s'engueuler, on se boit une bière sans se parler devant un ciel orangé.»
Mais en vrai t’en es là :
« Wesh, je vis à Paris, là où il fait beau deux mois dans l’année. Je suis pigiste, mais en fait, je suis surtout serveuse et même si je kif mon taf, quand je l’annonce aux gens que je rencontre, ils lèvent un sourcil et tu sais que dans leur tête, ils se disent : « Pauvre fille. » Je suis célibataire, mais ça ne me fait plus marrer d’aller chasser du hipster en soirée. D’ailleurs, toutes mes copines sont maquées, y’en a même qui commencent à faire… des bébés. »
Donc en gros, pour résumer, je vis une période un tantinet compliquée car ma vie ne correspond en rien à mes attentes, présentes ou passées, ni à celles de la société.
Le problème, ou la solution, c’est que je suis bouddhiste. Or, quand tu es bouddhiste, tu es censé laisser tomber totalement ton ego. Kesako ? L’ego, c’est cette image que tu te fais de toi-même, celle qui t’empêche souvent de profiter de ce que tu as sous les yeux, dans la vie, pour de vrai, au moment présent.
Cette étiquette avec un joli dessin dessus, quand elle ne ressemble pas à la vie que tu mènes actuellement, est source de frustration, de tristesse, de chagrin.
Souvent, on s’y attache tellement, qu’on en vient à se morfondre de choses complètement aberrantes genre : « Pourquoi à 27 ans, je n’ai pas d’enfant ? » Alors que clairement, s’il y a une chose que je ne veux pas maintenant, c’est devoir m’occuper d’un gosse et d’en prendre pour, au moins, 18 ans !
Se défaire de l’ego, serait donc laisser tomber toutes nos projections, celles qu’on a établies depuis parfois des années et accepter la vie comme elle vient, sans s’agripper à des choses ou des envies qui ne sont pas forcément les nôtres pour le moment, même si le regard de la société pèse sur vous et vous demande d’avancer bien gentiment, dans la même direction que le reste du monde.
Alors voilà, j’ai 27 ans, je suis un petit peu journaliste, beaucoup serveuse et aussi blogueuse quand ça me prend ! Et comme mon compte en banque ou mon lit, mon utérus est vide, mais ce n’est pas grave, car j’ai décidé d’être heureuse et de l’assumer pleinement.