Mais je ne peux pas, je suis bouddhiste.
21 Février 2013
Il y a quelques semaines, je m'apprêtais à vivre mon premier jour en tant qu'hôtesse d'accueil dans un showroom de mode.
Je me levais donc, la boule au ventre, littéralement apeurée à l'idée de bosser... Avec des mannequins.
Dans ma tête, c'était clair que ces cruches allaient me faire revivre ma sixième au lycée Montchapet, que ces méchantes poupées incultes, égocentriques et atteintes de troubles alimentaires allaient me faire vivre l'enfer, et que du haut de mon mètre 63, je ne survivrais pas.
Et puis, il y a eu l'instant de vérité. La révélation.
Car oui, ces filles font deux têtes de plus que toi pour le même nombre de kilos, et pourtant, même si tu n'as pas envie d'y croire, même si tu te dis que c'est génétiquement impossible de rassembler autant de qualités, ces mannequins sont également les filles les plus adorables qu'il m'ait été donné de rencontrer.
Oui, je sais. C'est douloureux.
Autant vous dire qu'elles ont dû faire pas mal de trucs cool dans leurs autres vies pour décrocher le total package dans celle-ci.
Prenons Katie par exemple. Dotée d'un bon mètre quatre-vingt, cette métisse à la coupe afro "comes from London" et est... En plus d'une "poupée" qu'on habille et déshabille 40 fois par jour, danseuse au Moulin Rouge.
Quand on a un peu de temps pour nous, on se cause de nos mecs. Le sien est juste danseur pour Rihanna à L.A. Mais il n'en reste pas moins français. Ce n'est pas bientôt fini vous allez me dire ? Eh bien non ! parce que Katie, qui aime les détails, les gros, m'explique que justement, sur ce plan là, Kamel est parfait. Et elle rigole, comme une gamine de 4 ans, outrée par ce qu'elle vient elle-même de me sortir, alors que perso je n'avais pas franchement besoin de cette précision. Oui, puisque j'avais compris que la fille était vernie !
Bref, avec Katie, on se marre bien. Comme avec toutes les autres, qui sont toutes attentionnées, souriantes, drôles et pétillantes.
Mais voilà, être mannequin gentille, ce n'est pas avoir tant de chance que ça. Car oui, ces poupettes ont, en effet, quelques désordres alimentaires. Et comment serait-ce autrement dans un milieu où vous êtes censés correspondre à des critères de beauté totalement fabriqués et surréalistes ?
Comment ne pas être obnubilé par son poids quand on s'entend dire: "Ne grossissez surtout pas avant l'ouverture du showroom !" et qu'au final, on se fait renvoyer dès le premier jour de travail car, à trop surveiller sa ligne, on a trop maigri. "Ce n'est pas beau. Les vêtements ne sont pas mis en valeur !"
Comment ne pas finir par se résumer à ça ? Un poids. Jetable qui plus est.
Bref, tout ça pour dire que devenir bouddhiste, c'est aussi ça, un exercice très compliqué: Ne pas succomber aux préjugés.
La rousse qui sent mauvais, la blonde au QI d'huître, la chaudasse aux gros seins, le nazi au crâne rasé, le reubeu voleur d'Iphone, le feuj au compte en banque bien rempli...
Être bouddhiste, c'est se rendre compte à quel point notre esprit est conditionné par nos sociétés et donc se défaire de ces pensées toutes faites, qui nous emprisonnent au quotidien.
(Oui, Bouddha a dit cela il y a 2500 ans, avant même l'arrivée des médias de masse que sont la TV et Internet... Comme quoi, chacun de nous est concerné depuis la nuit des temps.)
Pour aller plus loin, être bouddhiste, c'est comprendre que l'autre, c'est moi. C'est intégrer l'idée selon laquelle nous faisons tous partie d'un même tout indivisible. Et que, si ça se trouve, cet "autre" a été notre père, notre mère, notre sœur, notre frère dans une autre vie et que rien que pour ça, nous devons l'aimer d'office et le respecter.
Katie, Eglantine, Laure, Dana, Sin, May-Anne font partie de moi depuis bien plus longtemps que ce matin de janvier. Je les aimais déjà avant de les rencontrer mais je ne le savais pas encore, trop aveuglée par les préjugés.